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Si le dessin caricatural enrichit aujourd'hui naturellement les pages de la presse et qu'il fait partie intégrante du jeu politique, il n'en a pas toujours été ainsi.
Son évolution est, en effet, longue de plusieurs siècles. La définition même de la caricature a évolué au fil du temps, parcourant différents modes d'expression du grotesque avant de parvenir à celle qu'on lui connaît désormais. Parcourons, dans les lignes qui suivent, l'Histoire du dessin caricatural à travers les siècles.
Qu'est-ce que le dessin caricatural ?
La définition de la caricature est surtout fonction de son époque. En effet, le dessin caricatural tel que nous l'interprétons et l'utilisons de nos jours est très peu semblable à celui de la satire originelle.
Étymologiquement parlant, le mot latin "caricatura" est un dérivé du mot gaulois "carrus" qui signifie char. En latin, caricatura se traduit par les mots "charger" et "exagérer". Une signification première qui dérivera plus tard vers les termes de "charge" et de "caricature".
Le terme de caricature est ainsi utilisé pour la première fois en 1740 dans le dictionnaire d'Argenson. La caricature y est alors définie comme un dessin qui charge le trait de la personne prise pour cible. Son but est ici de ridiculiser, de choquer et de faire rire le public en stigmatisant le personnage ciblé, grâce à une exagération de ses défauts et de sa laideur. Une définition toujours valable de nos jours.
Mais avant le XVIII siècle, la définition du dessin de caricature n'a rien à voir avec le comique, et encore moins avec le politique.
- À la Renaissance, il s'agit davantage du résultat d'une réflexion philosophique sur le beau et le laid.
- En parallèle, les déformations physiques sont considérées comme des objets d'étude par les scientifiques qui cherchent alors à mieux comprendre le fonctionnement du corps humain, son mécanisme, en le caricaturant.
- De leur côté, les artistes, comme Michel Ange, Léonard de Vinci, ou encore Dürer, mènent de nombreux travaux sur la difformité à travers des caricatures qui, loin d'être humoristiques, sont une recherche de tous les traits et de toutes les formes de l'humanité.
Il faut donc attendre la fin du XVIe siècle pour que le dessin caricature approche de son sens moderne. À cette époque, la caricature se base sur une théorie découlant de l'analyse physique et psychique des individus selon laquelle la nature profonde de ces derniers transparaît à travers leur physionomie.
Une théorie notamment soutenue par les frères Carrache, Giambattista della Porta, Charles le Brun, ou encore Molann Kaspar Lavater.
Les origines du dessin caricatural
Le dessin caricatural, tel qu'on le définit en tant qu'objet de propagande satirique, n'entre dans l'Histoire qu'après la Réforme de Luther, avec les débuts de l'imprimerie et les progrès de la gravure. Toutefois, la caricature trouve son origine bien avant ces événements.
En effet, la déformation physionomique du sujet est une caractéristique évidente de la tradition de la satire qui remonte à l'Egypte et à la Grèce antiques. Portraits de souverains égyptiens, vases grecs et maisons pompéiennes sont autant de témoignages de ce passé ancien du dessin caricatural qui n'en a pas encore le nom, ni la vocation.
Le dessin caricatural au Moyen Âge
Personnages grotesques, animaux fantastiques, symboliques… Le Moyen Âge donne la part belle à la caricature, alors omniprésente dans la sculpture ecclésiastique et les miniatures. Ainsi, le Moyen Âge semble s'attacher à une volonté de rupture esthétique qui réhabilite la notion de grotesque de l'Antiquité.
Une esthétique du grotesque qui, à la fin du XIVe siècle, fait son apparition sur les premières gravures sur bois, elles-mêmes à l'origine des premières diffusions "massives" des images. Les graveurs reproduisent alors le dessin initial, en atelier et en relief, sur le bois.
Aussi, si le graveur tente de respecter les traits du dessin originel, la rigidité du bois l'oblige toutefois à le schématiser et à réduire les dimensions des illustrations. Enfin, la gravure achevée est transmise à l'imprimeur.
Aussi, même si le procédé est très long et coûteux, l'imprimerie permet déjà la diffusion des images, ce qui ouvre bientôt la voie à l'utilisation du dessin caricatural comme objet de propagande.
En effet, la contestation récurrente du pouvoir et des autorités religieuses faisant suite à la réforme de Luther, engendre une multiplication des gravures d'illustration. De plus en plus caricaturales, celles-ci viennent agrémenter pamphlets, affiches et chansons imprimés...
Avant d'être assassiné, Henri III devient ainsi la toute première victime d'une campagne de caricatures de grande ampleur.
Dans l'Ancien Régime, les dessins caricaturés et politisés s'exposent de plus en plus à la vue des passants, alors reproduits sur des feuilles volantes accessibles à tous.
Le dessin caricatural durant la Révolution
Le dessin satirique prend un véritable essor avec la Révolution de 1789. Afin d'être en mesure de suivre l'actualité, la production des gravures satiriques s'organise largement.
Les journaux hebdomadaires, et notamment celui de Camille Desmoulins "Les Révolutions de France et de Brabant", offrent alors une place prépondérante à l'illustration, tantôt caricaturale ou tantôt informative selon le journal concerné. De son côté, la presse royaliste n'est pas en reste et multiplie les caricatures anti-révolutionnaires.
La caricature politique s'instrumentalise, et même le roi, jusqu'alors considéré comme sacré et donc intouchable, devient la cible du dessin caricatural, prémisse de la mise à mort de la monarchie.
L'évolution du dessin caricature au XIXe siècle
Aux alentours de la moitié du XIXe siècle, sous la monarchie de Juillet, le fort développement des périodiques illustrés leur permet de prendre peu à peu la place de la feuille volante.
Le destin du dessin caricature politique se lie alors intimement à la presse écrite.
Cependant, le pouvoir s'agace de ces caricatures et condamne en 1834 le caricaturiste Philippon, à la suite de dessins caricaturaux où le visage de Louis Philippe prend la forme d'une poire.
La censure des dessins, gravures et lithographies est alors rétablie par la loi du 9 septembre 1835 qui oblige les artistes et journaux à se réorienter vers la caricature des mœurs.
En 1868, la nouvelle loi sur la presse permet l'essor du "portrait charge" qui se caractérise par une forte ressemblance avec le sujet représenté, couplé à l'exagération de ses traits et à la représentation d'une tête disproportionnée et posée sur un corps réduit.
La loi de 1881 sur la liberté de la presse offre ensuite une réelle liberté de ton aux caricaturistes qui s'attachent alors à croquer toutes les crises politiques et toutes les polémiques sociales, et notamment celle de l'affaire Dreyfus.
L'influence de la presse quotidienne croît de manière exponentielle durant cette période, en France comme ailleurs, et le dessin de presse caricatural s'y forge une place fondamentale.
Aussi, la presse satirique subsiste malgré l'avènement de la presse marchandise et de la presse populaire à la fin du XIXe siècle.
C'est même durant cette période que vient l'aboutissement de la caricature sociale et du dessin caricatural de mœurs qui sont alors généralement présentés en pleine page.
Le dessin caricatural à notre époque
Avec le mouvement de mai 68, l'expression se libère et tend vers un registre plus provocateur, dans une presse alternative dont font partie Hara kiri et Charlie Hebdo.
Dans le même temps, le dessin caricatural est progressivement remplacé par le dessin de presse, transformant le statut des dessinateurs de presse qui prennent alors l'intitulé de dessinateurs-journalistes.
Du XIXe siècle à nos jours, le dessin de caricature fait sourire, mais son rôle va bien au-delà de ce seul aspect humoristique.
La caricature permet de partager avec l'opinion publique les situations jugées scandaleuses et de mettre en exergue le ridicule de certaines personnalités.
En simplifiant et en exagérant les traits du sujet, le dessin caricature renforce dans le même temps son message, au point d'être même capable de heurter.
En France, la caricature du XXIe siècle fait ainsi partie de la liberté d'expression et de celle de l'information. Le monde vu par le dessin caricatural traite aussi bien des élections, des soulèvements, des guerres et des accords de paix, des scandales, des hommes et des femmes, des personnalités et des quidams, des joies, des victoires, de la vie et de la mort…
Elle trouve ainsi son inspiration dans tous les domaines, et s'intègre sur de nombreux supports de communication afin de s'offrir un maximum de visibilité : de la presse à la bande dessinée, en passant par les sites internet et la télévision.
Conclusion
Le dessin caricatural a grandi au fil des siècles pour devenir cet outil d'expression et d'information satirique qu'il est aujourd'hui.
En France, l'art de la caricature s'est ainsi réellement développé à partir du XVIIIe siècle. Toujours en adéquation avec son temps, le dessin caricature est le fruit d'un sens de l'observation aiguisé.
De fait, l'artiste est capable de déceler les traits physiques les plus marquants du sujet et de les retranscrire en quelques coups de crayon, souvent moqueurs, et toujours exagérés.
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